Ces femmes artistes au destin a priori sacrifié (parfois de leur plein gré, Alma Mahler ayant choisi par exemple d’accepter la demande en mariage de Gustav, pourtant plus qu’explicite sur la répartition des rôles) méritent qu’on les écoute.
Les écrits seront mis en miroir des œuvres sublimes que certaines de ces artistes pionnières ont heureusement réussi à nous laisser. L’évocation du destin de ces femmes compositrices passées à la postérité offre de riches reflets ironiques : ainsi Liszt, sidéré par Clara Schumann, décrivit ses compositions comme vraiment « très remarquables, surtout pour une femme »…
En s’approchant de la force créatrice de femmes artistes et en se baignant dans leurs œuvres, s’offre à nous leurs pensées intimes, leurs révoltes, leurs joies, ce qu’elles n’osent dire tout haut et ce qu’elles crient pourtant.
On remarque alors les différents points de vue qui se confrontent, et parfois même s’affrontent, au sujet de ce qu’elles estiment devoir et pouvoir être en tant que femmes. Il faut également porter son regard sur les hommes qui ont voulu laisser accoucher le génie de femmes. Enfin, il faut s’éblouir des batailles de ces femmes : revendiquer la liberté de ne pas être une muse, un objet, de choisir son destin, ses amours, son statut, tout en faisant avec ce qui ne pourra pas être changé.
« Je n’obtiendrais l’indépendance qu’à force de persévérance et en manifestant très ouvertement l’intention de m’émanciper » Berthe Morisot.
XIXème / XXème
Musiques pour voix et piano d’Irene Poldowski, Pauline Viardot, Maria Malibran, Josephine Lang, Marie Jaëll, Mel Bonis, Augusta Holmès, Cécile Chaminade, Lili et Nadia Boulanger, Fanny Mendelssohn, Alma Mahler, Clara Schumann, Amy Cheney Beach, Mary Howe, Lou Koster, Sophie Gail, Florentine Mulsant…
Écrits d’Alma Mahler, Colette, Marceline Desbordes-Valmore, Sylvia Plath, Fanny Mendelssohn, Anna Akhmatova, Louise de Vilmorin, George Sand, Marie Jaëll, Brigitte Fontaine…
Camille Poul, chant et conception artistique
Emmanuel Olivier, piano
Nous avons rencontré un foisonnement de répertoires et d’œuvres. Foisonnement non pas caché, mais peu regardé, pour la simple raison qu’étant féminin il n’est pas mis en lumière. À dessein, nous avons choisi de proposer une grande variété dans les possibles : vous entendrez donc une sélection de pièces de compositrices françaises, belge-polonaise, anglaises, allemandes, américaines, espagnole, autrichiennes, des 19e, 20e et 21e siècles…
La même envie de multitude a motivé le choix des textes. Proposer un éventail incluant journaux intimes, correspondance, récits romanesques ou poésies. Ces écrits de femmes, au travers de leur fantaisie, de leur qualité d’écriture et de leur créativité peuvent aller de la plus extrême humilité jusqu’à une auto-glorification assez désarmante. Faire entendre tous ces discours, parfois discordants mais tous sensibles et complexes devient le fil rouge de ce programme. C’est précisément cette multitude qui est intéressante et remarquable.
Il n’y a que des points de vue différents, parfois inattendus, des façons caractéristiques de s’exprimer et de ressentir. En bref, LA femme créatrice qui les contiendrait toutes n’existe pas. » Camille Poul
« Mon Dieu, les bonnes femmes, on en fera jamais rien – en musique j’entends bien. Alors on a exposé le problème suivant : « pourquoi une femme n’a-t-elle encore jamais rien accompli en musique ? » Et là, j’ai eu une idée qui a sidéré Krasny. Les femmes, prenons par exemple Rosa Bonheur, Kaufmann, Vigée-Lebrun (trois artistes peintres) ont si je ne m’abuse, toutes plus ou moins copié la nature. Ça apporte quelque chose, oui, mais un artiste comme Böcklin, si on considère non la qualité de l’artiste mais sa façon de créer, fougueuse, fantastique, sublime, sortie tout droit de la tête et du cœur de ce génie, ce genre d’artistes, eh bien il n’y en a pas chez les femmes et il n’y en aura jamais, car elles ont trop peu de profondeur intellectuelle et de culture philosophique. Il leur manque la force créatrice. Les femmes écrivains toutes décrivent des choses ayant trait à leur vie… avec justesse et naturel, oui mais voilà… Du génie ! Oui du génie ! Quant à la musique, c’est l’art le plus difficile à comprendre, le plus imprégné d’intellect, et… il vient entièrement du cœur. Là, pas question de copier la nature – on n’en sortirait pas des lieder qui imitent les chants d’oiseaux et la roue du moulin. Il s’agit là de rendre un ton, une vibration, et le ton, la vibration sont une intermittence du cœur. Et moi… petite bonne femme, avec un cœur si petit et une cervelle encore plus petite, moi, je veux y accomplir quelque chose ! Bah… ! »
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Camille Poul // 06 16 62 93 18 // poulcamille@yahoo.fr